Une chauve-souris au pied de ma porte… et beaucoup de questions sur notre rapport au vivant
Une chauve-souris au pied de ma porte… et beaucoup de questions sur notre rapport au vivant
Il était prévu de longue date que nous participions à une sortie chauve-souris organisée par Bretagne Vivante, un vendredi soir de fin août.
Par le plus grand des hasards, au début de cette même semaine, nous avions recueilli une chauve-souris trouvée en bas de notre porte.
Complètement novices sur les soins à lui apporter et surtout sur la façon de la sauver, j’avais appelé en urgence Faune Sauvage Bretagne. Ils étaient débordés à ce moment-là, j’ai donc laissé un message en expliquant la situation. Ils m’ont rappelée dès qu’ils ont été disponibles.

Chauve-souris sur le pas de ma porte d'entrée
J’ai appelé aussitôt le Groupe Mammalogique Breton, où j’ai eu la chance d’avoir une personne au téléphone, que je tiens à remercier pour ses conseils, mais aussi pour l’accueil bienveillant de ma panique. Et oui, la panique me vient assez facilement lorsqu’il s’agit d’un animal en souffrance !
Premier conseil : surtout utiliser des gants. Ça, heureusement, nous l’avions fait.
On m’a ensuite conseillé de mettre la chauve-souris dans une boîte, type boîte à chaussures, percée de petits trous pour laisser passer l’air.
Au vu de la situation, on m’a également conseillé de lui proposer un peu d’eau avec du miel afin qu’elle puisse s’hydrater et reprendre un peu d’énergie, puis de mettre la boîte dehors le soir afin qu’elle puisse repartir d’elle-même, tout en restant jusque-là à l’abri des prédateurs.
Malheureusement, cette information nous était arrivée un peu tard.
Comme nous avons un appentis, nous avions déjà choisi de la mettre en sécurité dans celui-ci, à l’ombre. Notre premier réflexe avait été de la protéger de la lumière et des prédateurs.
La petite chauve-souris était alors partie se cacher en rampant le long du mur, derrière des poutres.
Les associations nous ont ensuite rassurés : elle pouvait tout à fait rester ainsi cachée derrière une poutre, au calme, pour se reposer.
Nous avons donc décidé de ne plus la déranger.
Lorsque nous sommes revenus voir le lendemain, elle n’était plus là.
Elle s’était envolée pendant la nuit, cela a été un vrai soulagement et une grande satisfaction pour nous.
Une sortie qui tombe au bon moment !
Quelques jours plus tard, nous voilà donc à notre fameuse sortie chauves-souris, avec beaucoup plus d’interrogations qu’auparavant et surtout un intérêt tout particulier pour cet animal que je connaissais finalement très peu. Pourtant, j’en vois presque tous les jours dans mon jardin et j’ai toujours beaucoup de plaisir à les observer.
Mais cette petite aventure m’a fait prendre conscience que je ne savais presque rien d’elles.
Nous avons été accueillis par une personne fort sympathique, pédagogue et très accueillante, et avons passé une chouette soirée qui m’a appris beaucoup de choses, mais qui m’a aussi amenée à plusieurs réflexions que j’ai envie de partager.
Notre soirée a commencé par un jeu permettant de tester les connaissances des uns et des autres.
Ce que je croyais savoir... et ce que j'ai découvert !
Et autant dire que j’avais encore beaucoup à apprendre !
J’ai ainsi découvert qu’il existe plus de 1 400 espèces de chauves-souris dans le monde. En France métropolitaine, on en compte 36 espèces, et une vingtaine sont présentes en Bretagne.
Bien sûr, nous avons aussi parlé des fameux mythes autour des chauves-souris.
La chauve-souris qui viendrait s’accrocher dans les cheveux (surtout dans ceux des femmes, paraît-il !) ou encore l’image de la chauve-souris « suceuse de sang ».
Ces croyances là ne faisaient pas vraiment partie de mes préjugés.
Il existe effectivement des chauves-souris dites « vampires », mais seulement trois espèces, présentes sur le continent américain. Elles n’ont donc rien à voir avec les chauves-souris qui volent au-dessus de nos jardins bretons.
La question de la rage est elle aussi beaucoup plus nuancée que l’image effrayante que nous pouvons parfois en avoir. Certaines chauves-souris peuvent être porteuses de lyssavirus, y compris en France, mais les transmissions à l’être humain sont extrêmement rares. Cela explique malgré tout pourquoi il ne faut jamais manipuler une chauve-souris à mains nues et pourquoi le premier conseil que j’avais reçu était justement de porter des gants.
En revanche, j’avais moi aussi mes propres idées reçues.
Je pensais notamment que les chauves-souris dormaient toutes suspendues, la tête en bas. Eh bien non.
Selon les espèces et les gîtes qu’elles choisissent, certaines peuvent effectivement être suspendues, tandis que d’autres vont se glisser dans des fissures, derrière des volets, sous des toitures, dans des cavités d’arbres ou encore derrière des poutres.
Finalement, ce que nous avions observé quelques jours auparavant chez nous prenait tout son sens. Notre petite chauve-souris, cachée derrière sa poutre, n’avait donc rien d’étrange.
J’ai également appris qu’en France toutes les espèces de chauves-souris sont protégées.
En Bretagne, nous avons notamment différentes espèces de pipistrelles, dont la très répandue pipistrelle commune.
Mais ce qui m’a peut-être le plus surprise, c’est de découvrir que certaines espèces sont migratrices.
Certaines chauves-souris parcourent de grandes distances au fil des saisons. La Bretagne peut ainsi constituer, selon les espèces, une zone de passage, de repos ou d’hivernage.
Toutes les chauves-souris ne migrent pas et toutes ne parcourent évidemment pas les mêmes distances. Mais cela m’a permis de comprendre l’importance d’identifier leurs trajets, leurs lieux de repos et leurs différents gîtes.
Car pour les protéger, il ne suffit finalement pas de savoir où elles se trouvent à un instant donné.
Il faut aussi comprendre où elles vont et ce dont elles ont besoin tout au long de leur cycle de vie.
Et si elles vivaient beaucoup plus près de nous que nous ne l'imaginons?
Je savais déjà que, près de chez moi, un blockhaus servait de refuge à des chauves-souris. Mais je ne savais pas que certaines utilisaient également les cavités des arbres, ni qu’elles ne vivaient pas forcément toutes en grandes colonies.
Je me suis alors rendu compte que, chez moi ou dans la forêt située directement à proximité, il en vivait probablement beaucoup plus que je ne l’imaginais.
Peut-être même juste au-dessus de ma tête, sans que je les remarque.
Après toutes ces explications, nous avons eu la chance de partir les observer.
Grâce à un détecteur d’ultrasons, nous avons pu entendre leur activité et repérer leurs déplacements.
Et c’est assez étonnant de se dire qu’elles sont là, autour de nous, alors que l’on ne les voit pas.
Je suis ressortie de cette soirée avec beaucoup de nouvelles connaissances, mais surtout avec encore davantage de questions.
La première est très concrète.
Et dans mon propre jardin?
Comment, dans mon propre jardin, puis-je préserver leur habitat et favoriser leur présence ?
Est-ce que certains de mes arbres peuvent leur servir de refuge ? Est-ce que certaines zones doivent rester plus sauvages ? Quelle importance ont les haies, les vieux arbres, les cavités ou tout simplement l’obscurité ?
Cela m’amène également à réfléchir à notre manière d’aménager nos jardins.
Nous voulons parfois que tout soit propre, coupé, éclairé, entretenu, rangé. Mais, à force de vouloir tout maîtriser, ne faisons-nous pas disparaître justement les petits espaces dont énormément d’animaux ont besoin pour vivre ?
Et à l'échelle de nos communes?
Cette réflexion dépasse finalement les limites de mon propre jardin.
Je me demande aussi quelle place nos municipalités pourraient prendre dans cette sensibilisation. Nous parlons beaucoup de biodiversité, mais connaissons-nous réellement les espèces qui vivent juste à côté de chez nous ?
Pourquoi ne pas proposer davantage de sorties comme celle que nous avons vécue, des temps d’information, des rencontres avec des associations ou simplement nous aider à mieux identifier les espèces présentes sur notre territoire et les gestes qui permettent de les préserver ?
Protéger le vivant... mais aussi préserver quelque chose pour nous!
Nous pourrions aussi être davantage sensibilisés à l’importance des haies, des vieux arbres, des zones laissées plus sauvages, des cavités qui servent de refuge ou encore de l’obscurité nécessaire à certaines espèces.
Et pourquoi ne pas transmettre davantage ces connaissances aux enfants ? Apprendre à reconnaître les animaux qui vivent autour de nous, comprendre leurs besoins, apprendre à les observer sans les déranger, c’est aussi une façon très concrète d’apprendre à respecter le vivant.
Mais cette réflexion m’amène encore ailleurs.
Préserver le vivant de proximité, ce n’est peut-être pas seulement agir pour les animaux et la biodiversité.
C’est aussi préserver des endroits dont nous avons nous-mêmes besoin.
Des bois, des chemins, des haies, des jardins, des espaces où l’on peut ralentir, observer, respirer, écouter et parfois simplement se recentrer.
Nous cherchons parfois très loin des endroits pour nous reconnecter à la nature alors qu’ils sont déjà là, juste à côté de nous. Peut-être avons-nous simplement besoin de réapprendre à les regarder.
Et finalement, mieux connaître ce qui vit autour de nous, c’est aussi créer du lien avec le territoire dans lequel nous vivons, avec les saisons, avec les autres espèces et, quelque part, avec nous-mêmes.
Et l'écosystème dans tout ça?
Et puis une autre question m’est venue.
À l’heure où, dans certains endroits, les moustiques deviennent un véritable problème, parfois même avec des enjeux sanitaires, pourquoi parlons-nous si peu de la préservation de leurs prédateurs naturels ?
Bien sûr, les chauves-souris ne vont pas, à elles seules, régler la question des moustiques. Elles consomment d’ailleurs de nombreuses espèces d’insectes et pas uniquement ceux-ci.
Mais cela m’amène à une réflexion plus générale.
Pourquoi cherchons-nous si souvent à lutter contre les conséquences une fois que les équilibres sont perturbés, plutôt que de commencer par préserver les équilibres naturels qui existent déjà ?
De la panique à l'envie de comprendre !
Cette soirée m’a finalement ramenée à la petite chauve-souris trouvée quelques jours auparavant au pied de ma porte.
Au départ, il y avait surtout de la panique. Que faire ? Comment l’aider ? Est-ce que nous risquions de lui faire davantage de mal en voulant bien faire ?
Quelques jours plus tard, j’étais dehors, dans la nuit, à tendre l’oreille avec un appareil pour essayer d’entendre passer ces mêmes animaux au-dessus de ma tête.
Combien d’espèces vivent juste à côté de nous, parfois jusque dans nos jardins ou nos maisons, sans que nous sachions réellement qui elles sont et ce dont elles ont besoin ?
Comme quoi, avant de vouloir protéger le vivant, peut-être faut-il déjà commencer par apprendre à le connaître.
Pour aller plus loin :
Bretagne Vivante – Chauves-souris : Découvrir les actions de Bretagne Vivante pour les chauves-souris
SOS Faune Sauvage Bretagne
Que faire face à un animal sauvage en difficulté ?
Groupe Mammalogique Breton (GMB)
Découvrir le Groupe Mammalogique Breton
Le GMB travaille notamment sur l’étude, la protection et la cohabitation avec les chauves-souris en Bretagne.
