Rayons de soleil traversant une forêt verdoyante

Éco-anxiété : quand le poids du monde devient trop lourd

August 10, 202614 min read

Sécheresses, incendies, dérèglement climatique, disparition du vivant, pollution, événements météorologiques de plus en plus marquants…

Quand on est sensible à ce qui nous entoure, il peut devenir difficile de regarder ce qui se passe sans être profondément touché.

On peut ressentir de la tristesse, de la colère, de la peur, de l’impuissance. Mais aussi de la culpabilité.

Ce mélange d’émotions face aux bouleversements qui touchent la planète et le vivant est souvent associé à ce que l’on appelle aujourd’hui l’éco-anxiété.

Mais derrière ce mot, il peut y avoir une véritable détresse.

Voir des forêts brûler, imaginer les animaux pris au piège des incendies, voir des habitats détruits, des terres se dessécher ou des espèces disparaître peut provoquer une tristesse immense.

Parfois même une sensation presque physique de douleur ou d’impuissance.

Comment rester simplement spectateur de tout cela ?

À cette tristesse peut venir s’ajouter une colère profonde.

La colère de voir les mêmes alertes se répéter.


La colère face à ce que l’on perçoit comme de l’inaction, des décisions trop lentes ou des intérêts qui semblent parfois passer avant la protection du vivant.

Et avec cette colère peut apparaître une forme d’incompréhension :

Pourquoi est-ce que tout le monde ne réagit pas ?

Comment peut-on continuer comme si de rien n’était ?

Pourquoi ai-je l’impression que ce qui me bouleverse profondément laisse d’autres personnes indifférentes ?

Puis cette impuissance peut se retourner contre soi.

Est-ce que j’en fais assez ?

Est-ce que mes propres choix sont suffisamment cohérents avec ce que je défends ?

Est-ce que je devrais consommer moins, réduire davantage mes déchets, utiliser moins ma voiture, économiser encore plus l’eau, acheter autrement, agir davantage ?

Et peu à peu, quelque chose qui naissait d’un profond amour du vivant peut devenir une pression permanente.

Parce qu’on ne souffre plus seulement de ce qui arrive.

On commence aussi à se sentir responsable de ne pas réussir à l’empêcher.

C’est là que prendre soin du vivant peut devenir extrêmement lourd à porter.

Quand une valeur devient une source de pression

Être sensible à l’environnement n’est évidemment pas un problème.

Cela peut simplement traduire quelque chose de profondément important pour nous : le respect du vivant, le besoin de cohérence, la volonté de préserver, de transmettre, de faire notre part.

Mais une valeur peut parfois prendre tellement de place qu’elle finit par devenir une exigence permanente.

J’en parle d’autant plus facilement que je l’ai moi-même vécu.

Pendant longtemps, la réduction des déchets, la consommation responsable, l’économie de l’eau et, plus largement, mes choix écologiques ont occupé une place très importante dans mon quotidien.

Et progressivement, le moindre écart pouvait devenir source de tension.

Une douche que je trouvais trop longue.

Un emballage que j’aurais préféré éviter.

Un papier jeté au mauvais endroit.

Un achat qui, à mes yeux, aurait pu être fait autrement.

Ce qui était au départ une conviction personnelle devenait peu à peu quelque chose que j’attendais aussi de mon entourage.

Je pensais sensibiliser.

Je pensais transmettre.

Je pensais emmener ma famille avec moi.

Mais plus j’essayais de convaincre, plus je créais parfois l’effet inverse.

Et surtout, j’ai fini par comprendre quelque chose d’essentiel : je leur faisais porter un stress qui ne leur appartenait pas.

Mes valeurs m’appartenaient.

Mes inquiétudes aussi.

Eux restaient libres de leurs propres choix.

Quand la colère finit par rétrécir notre regard

Lorsque nous sommes profondément touchés par ce qui se passe, la colère peut revenir encore et encore.

Puis la pensée revient avec elle.

On repense à ce qui aurait dû être fait, à ce que les autres devraient changer, aux décisions que l’on ne comprend pas, aux comportements qui nous révoltent.

Et plus on rumine, plus notre attention reste fixée sur ce qui ne va pas.

Peu à peu, ce qui n’est pas fait peut prendre beaucoup plus de place que tout ce qui est déjà fait.

On remarque celui qui gaspille de l’eau, mais beaucoup moins tous ceux qui ont changé leurs habitudes.

On voit l’inaction, mais moins facilement les personnes qui, chaque jour, prennent soin du vivant, restaurent, transmettent, protègent, inventent ou essaient simplement de faire autrement.

On voit les décisions qui nous révoltent, mais on peut finir par ne plus voir toutes les initiatives qui naissent autour de nous.

Non pas parce qu’elles n’existent pas.

Mais parce que notre attention est devenue tellement mobilisée par ce qui nous inquiète et nous met en colère qu’il devient plus difficile de les percevoir.

Et cela peut renforcer encore notre sentiment d’impuissance :

« Personne ne fait rien. »

« Rien ne change. »

« Tout va dans le mauvais sens. »

Alors que la réalité est souvent plus nuancée.

Il existe évidemment des raisons d’être inquiet, triste ou en colère face à ce qui arrive au vivant.

Mais il existe aussi, autour de nous, des personnes qui agissent, des projets qui se construisent, des façons de vivre qui évoluent et des changements qui se font parfois lentement, discrètement, loin de ce qui attire le plus notre attention.

Retrouver cette capacité à les voir ne consiste pas à nier ce qui va mal ni à se raconter que tout va bien.

C’est simplement retrouver un regard plus large.

Parce que lorsque nous ne voyons plus que ce qui manque, nous pouvons finir par perdre aussi l’espoir, l’élan et la capacité de reconnaître ce qui avance déjà.

Et dans cette boucle, il peut également arriver quelque chose de paradoxal.

Alors que notre intention est profondément liée au respect du vivant, nous ne voyons plus forcément l’impact de notre propre manière de réagir.

Notre impatience.

Notre exigence.

Nos reproches.

La pression que nous mettons parfois sur ceux qui nous entourent.

Nous sommes tellement concentrés sur ce que les autres devraient changer que nous ne voyons plus toujours ce que notre colère est elle-même en train de produire.

C’est ce que j’ai fini par observer dans ma propre vie.

Je pensais défendre mes valeurs et sensibiliser mon entourage. Mais à certains moments, mon intransigeance ne donnait pas davantage envie de me suivre.

Elle créait de la tension.

Elle mettait les autres sur la défensive.

Et parfois, elle les éloignait précisément de ce que j’aurais aimé leur transmettre.

J’ai dû accepter qu’une intention profondément juste pour moi pouvait malgré tout avoir des conséquences que je ne souhaitais pas.

Et que défendre mes valeurs ne m’exemptait pas de regarder aussi la manière dont je choisissais de les vivre et de les transmettre.

Retrouver sa juste part

C’est là qu’une question est devenue essentielle pour moi :

Qu’est-ce qui m’appartient réellement dans tout cela ?

À force de vouloir agir sur tout, convaincre, prévenir, réparer ou faire évoluer les autres, nous pouvons finir par nous éloigner de notre propre place.

Notre attention se tourne vers ce que l’autre fait ou ne fait pas.

On voudrait qu’il comprenne.

Qu’il change.

Qu’il réagisse.

Qu’il fasse les mêmes choix que nous.

Et une grande partie de notre énergie se retrouve alors dirigée vers ce que nous ne pouvons pas maîtriser.

Retrouver ma juste part a commencé par revenir à ce qui dépend réellement de moi.

Mes choix.

Ma manière de vivre mes valeurs.

Ma façon de parler.

La manière dont je transmets ce qui est important pour moi.

Les initiatives que je choisis de soutenir.

Les actions auxquelles je décide de donner mon énergie.

Et aussi la manière dont je prends soin de moi lorsque ce qui se passe autour de moi me bouleverse.

Pour le reste, je peux expliquer, partager, proposer, montrer qu’une autre possibilité existe.

Mais je ne peux pas choisir à la place de l’autre.

Son libre arbitre lui appartient.

Reconnaître cela n’a pas diminué mon engagement.

Mes valeurs sont toujours là. Mon envie de réduire mon impact et de prendre soin du vivant aussi.

Mais aujourd’hui, la question n’est plus seulement :

« Comment faire pour que les autres adoptent ces valeurs ? »

Elle est davantage :

« Comment ai-je envie, moi, de les incarner ? »

La responsabilité a alors pris un autre sens.

Non plus me sentir responsable de tout ce qui arrive.

Mais devenir responsable de ce que je choisis d’en faire.

De mes actes.

De mes paroles.

De mes réactions.

De la manière dont j’accueille ma colère, ma peur ou mon impuissance.

Et de ce que je décide ensuite de mettre en mouvement.

Retrouver sa juste part, ce n’est donc pas se désengager.

C’est retrouver un engagement dans lequel je peux rester fidèle à mes valeurs sans me perdre dans ce qui appartient aux autres.

Je ne peux pas choisir pour le monde entier.

Mais je peux choisir la place que, moi, je souhaite y prendre.

Agir depuis ce qui est juste pour soi : agir par choix plutôt que par peur

La peur est là.

La peur de ce qui est déjà en train de changer.

La peur de ce qui pourrait arriver.

La peur pour les animaux, pour les écosystèmes, pour nos enfants, pour ce que sera le monde demain.

Il ne s’agit pas de faire comme si elle n’existait pas.

Mais lorsque la peur prend toute la place, elle peut finir par devenir celle qui décide pour nous.

Il y a alors une différence importante entre :

« Je dois absolument faire cela, sinon je culpabilise ou j’ai peur des conséquences. »

et :

« Je choisis de faire cela parce que c’est cohérent avec ce qui compte profondément pour moi. »

Extérieurement, le geste peut être exactement le même.

Je peux réduire mes déchets.

Faire attention à l’eau.

Acheter moins.

Choisir certains produits plutôt que d’autres.

Mais intérieurement, ce geste ne vient pas forcément du même endroit.

Dans un cas, je réponds principalement à la peur, à la culpabilité ou à une pression.

Dans l’autre, je pose consciemment un choix en accord avec mes valeurs.

Cela ne signifie pas que la peur disparaît.

Cela signifie qu’elle ne décide plus seule.

Revenir à soi permet alors de se demander :

Est-ce que ce choix m’appartient vraiment ?

Est-ce que je le fais parce qu’il correspond à mes valeurs ?

Ou parce que la peur et la culpabilité sont devenues si fortes que je ne me sens plus réellement libre de choisir ?

Pour moi, la responsabilité commence aussi là.

Pas dans l’obligation d’être irréprochable.

Mais dans la capacité à regarder avec honnêteté ce qui me met en mouvement.

Accueillir l’émotion sans lui laisser toutes les commandes

La colère, la tristesse, la peur ou l’impuissance ne sont pas des émotions dont il faudrait simplement se débarrasser.

Elles ont quelque chose à nous dire.

La colère peut venir nous montrer qu’une valeur importante pour nous a été heurtée.

La tristesse peut parler de notre attachement au vivant, à une forêt, à des animaux, à un lieu ou à une manière de vivre que nous avons peur de perdre.

La peur peut nous parler de l’avenir, de nos enfants, de notre besoin de sécurité.

L’impuissance peut apparaître lorsque nous rencontrons la limite de ce que nous pouvons réellement changer.

Ces émotions ont leur place.

Mais les accueillir ne signifie pas leur donner toutes les commandes.

Une émotion peut être un message sans devenir une direction obligatoire.

Ma colère peut me renseigner sans décider de la manière dont je vais parler à mon entourage.

Ma peur peut m’alerter sans prendre toutes mes décisions à ma place.

Ma tristesse peut témoigner de ce qui compte profondément pour moi sans me faire oublier tout ce qui continue aussi à vivre, à se construire et à évoluer autour de moi.

Alors peut-être que la question n’est pas :

« Comment faire disparaître ce que je ressens ? »

Mais plutôt :

« Qu’est-ce que cette émotion vient toucher en moi ? Et qu’est-ce que je choisis d’en faire maintenant ? »

C’est dans cet espace entre ce que je ressens et ce que je décide que je peux retrouver une part de mon libre arbitre.

Prendre soin du vivant sans se retirer soi-même de l’équation

Quand on est très sensible à ce qui se passe dans le monde, il peut devenir difficile de s’autoriser à aller bien.

Profiter d’une belle journée alors que quelque part des terres brûlent.

Rire.

Se reposer.

Partir marcher.

S’offrir quelque chose.

Simplement vivre un moment agréable.

Et parfois une forme de culpabilité apparaît :

Comment puis-je me sentir bien alors que tout cela existe ?

Mais il y a une chose que j’ai dû apprendre moi aussi :

je fais partie du vivant dont je veux prendre soin.

Je ne peux pas vouloir protéger le monde tout en considérant que mon propre équilibre n’a aucune importance.

Me reposer ne signifie pas que je ne me soucie plus de ce qui se passe.

Retrouver de la joie ne signifie pas que j’oublie les animaux, les forêts, les sécheresses ou les dérèglements qui m’inquiètent.

Continuer à vivre ne signifie pas détourner le regard.

Cela signifie accepter que je n’ai pas à sacrifier toute mon énergie à ce que je ne peux pas contrôler.

Parce qu’un engagement qui m’épuise jusqu’à me couper de moi-même, des autres et de ma capacité d’action finit aussi par perdre une partie de son sens.

Prendre soin de soi peut alors devenir une manière de préserver notre capacité à rester présent, à réfléchir, à choisir et à agir dans la durée.

Revenir à soi pour retrouver de la clarté

Lorsque la peur, la colère, la tristesse, la culpabilité, les informations, les responsabilités et tous les « je devrais » commencent à se mélanger, il devient parfois très difficile de savoir où nous en sommes réellement.

Nous pouvons croire qu’il faut immédiatement trouver une solution.

Agir davantage.

Décider.

Convaincre.

Changer encore quelque chose.

Mais parfois, avant de chercher une nouvelle action, nous avons surtout besoin de retrouver de la clarté.

Faire un peu de silence dans tout ce qui se mélange.

Regarder ce qui est là.

Sans juger.

Sans chercher tout de suite à corriger.

Et se demander :

Qu’est-ce que je ressens réellement ?

Qu’est-ce que cette émotion vient toucher chez moi ?

Qu’est-ce qui dépend de moi aujourd’hui ?

Qu’est-ce qui ne m’appartient pas ?

Quelle responsabilité suis-je en train de prendre alors qu’elle appartient peut-être à quelqu’un d’autre ?

Quel choix est réellement le mien ?

Et quelle place ai-je envie de prendre dans tout cela ?

Retrouver de la clarté ne consiste pas à devenir moins sensible.

Ce n’est pas apprendre à moins aimer le vivant.

Ce n’est pas se convaincre que tout va bien.

C’est pouvoir regarder ce qui est là sans se perdre dedans.

C’est pouvoir accueillir sa colère sans devenir sa colère.

Reconnaître sa peur sans lui confier toutes ses décisions.

Accepter son impuissance là où elle existe, sans oublier pour autant son pouvoir d’action là où il existe encore.

C’est remettre les responsabilités à leur juste place.

Ce qui m’appartient.

Ce qui appartient à l’autre.

Ce qui dépend de moi.

Ce qui dépasse mon pouvoir.

Et à partir de là, retrouver ma capacité de choisir.

Je ne peux pas décider de la manière dont le monde entier va agir.

Je ne peux pas imposer aux autres de partager mes valeurs.

Je ne peux pas contrôler toutes les décisions qui seront prises.

Mais je peux choisir la manière dont, moi, je souhaite traverser ce monde.

Je peux choisir ce que je veux nourrir.

Ce que je veux transmettre.

La manière dont je souhaite parler.

Les actions auxquelles je veux donner mon énergie.

Et la place que je souhaite occuper.

Je ne peux pas porter le monde entier.
Mais je peux choisir consciemment la part du monde dont je veux prendre soin.

Un espace pour démêler ce qui t’appartient

C’est aussi dans cet esprit que j’ai créé la séance individuelle de clarté chez Glaoda Accompagnement.

Pas pour te dire comment tu devrais vivre.

Pas pour te dire ce que tu devrais consommer, penser ou changer.

Et certainement pas pour te donner une nouvelle liste de choses à faire.

Mais pour t’offrir un espace où tu peux déposer ce qui se mélange.

Tes émotions.

Tes contradictions.

Ta colère.

Ta peur.

Ta culpabilité.

Ton sentiment d’impuissance.

Tes valeurs.

Tes « je devrais ».

Et prendre le temps de regarder ce qui se joue réellement pour toi.

Un espace pour remettre les responsabilités à leur juste place.

Pour retrouver ton discernement.

Pour distinguer ce qui t’appartient de ce qui appartient aux autres.

Et surtout pour retrouver ton libre arbitre.

Parce que la réponse n’est pas forcément de faire plus.

Elle est parfois de comprendre autrement ce que l’on porte.

Et de retrouver, au milieu de tout cela, ce qui est juste pour soi.

Émilie Landuré

Émilie Landuré

Émilie Landuré accompagne les personnes à retrouver de la clarté, du discernement et leur juste place, dans le respect de leur libre arbitre. À travers Glaoda Accompagnement, elle partage également ses réflexions autour du vivant, des émotions et de la transformation intérieure.

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